Article 24 de la loi du 6 juillet 1989 : ce que les juges appliquent réellement aux clauses résolutoires en 2025

Article 24 de la loi du 6 juillet 1989 : ce que les juges appliquent réellement aux clauses résolutoires en 2025

En bref

L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 encadre la clause résolutoire pour impayés, mais son application réelle diffère souvent du texte.

  • Le juge constate la clause dans 12 006 dossiers sur 13 095 en 2026
  • Les délais suspensifs annulent les effets deux fois sur trois
  • Le commandement de payer doit respecter des mentions précises sous peine de nullité

L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 fixe les règles de la clause résolutoire insérée dans un bail d'habitation en cas de loyer impayé. Sur le papier, c'est simple : le bailleur envoie un commandement de payer par commissaire de justice, attend six semaines, puis saisit le juge. Dans la réalité des tribunaux, ce schéma se heurte à des mécanismes de protection du locataire que beaucoup de propriétaires découvrent trop tard. On a épluché les décisions récentes, et l'écart entre la lettre du texte et ce que décide concrètement un juge mérite qu'on s'y arrête.

Article 24 : entre le texte et la réalité jurisprudentielle

Ce que dit exactement l'article 24 II

Le texte de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 autorise le bailleur à insérer dans le contrat de location une clause résolutoire de plein droit pour non-paiement du loyer, des charges, du dépôt de garantie ou défaut de souscription d'une assurance habitation. Cette clause ne produit ses effets qu'après un commandement de payer resté infructueux pendant un délai fixé par la loi. Lexbase rappelle régulièrement, dans ses analyses doctrinales, que cette clause n'a rien d'automatique malgré sa formulation. Le professeur Julien Laurent, dans ses commentaires sur le nouvel article 24 I, insiste sur ce point : la clause résolutoire organise une procédure encadrée, pas une résiliation express.

L'écart croissant entre la lettre et les décisions de tribunaux

Le contrat de location prévoit la clause, mais le juge conserve un pouvoir d'appréciation que le texte de loi laisse volontairement flou. La jurisprudence de la Cour de cassation multiplie les décisions qui tempèrent l'application mécanique de l'article 24. Nous pensons que cet écart structurel entre le droit écrit et le droit appliqué constitue la vraie difficulté pour un bailleur non averti, bien plus que la procédure elle-même.

Les 13 095 décisions de 2026 qui changent la donne

Une mesure portant sur 13 095 décisions de tribunaux judiciaires rendues en 2026 sur la clause résolutoire d'un bail d'habitation révèle que 12 006 dossiers constatent l'acquisition de la clause. Ce chiffre impressionne, mais il cache une réalité : la constatation de la clause n'entraîne pas systématiquement l'expulsion.

12 006/13 095
Décisions constatant la clause résolutoire sur l'année 2026

La clause résolutoire n'est qu'un point de départ, pas une fin

Pourquoi le juge suspend les effets deux fois sur trois

Sur ces mêmes 13 095 dossiers, le juge suspend les effets de la clause résolutoire deux fois sur trois. Ce mécanisme de suspension repose sur l'article 24, qui autorise le tribunal à accorder des délais de paiement pouvant aller jusqu'à 36 mois lorsque la situation du locataire le justifie. Concrètement, ton commandement de payer peut être parfaitement valide, ta clause peut être constatée, et pourtant l'expulsion s'éloigne parce que le juge octroie un délai de grâce.

Les conditions souvent invisibles qui bloquent la résiliation

Certaines conditions passent inaperçues dans le contrat de location signé au départ. La clause doit viser précisément le manquement invoqué, l'obligation de paiement du loyer doit être clairement identifiée, et le préavis du commandement doit correspondre à la situation réelle du logement loué en résidence principale. Une clause mal rédigée dès l'entrée dans les lieux perd toute portée devant le juge.

Quand le bailleur perd alors qu'il respecte formellement l'article 24

Un propriétaire peut respecter chaque étape de l'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 et voir sa demande rejetée. Cass. civ., à plusieurs reprises, a rappelé que le bailleur doit démontrer la bonne foi de sa démarche et l'absence de disproportion entre le manquement et la sanction. Le droit du bail protège d'abord l'occupation du logement, l'effet recherché par le texte n'étant jamais une sanction automatique.

Vue détaillée de la carte du Burkina Faso avec des villes comme Bobo Dioulasso et Banfora.
Photo : Magda Ehlers / Pexels

Comment fonctionne réellement le commandement de payer

Les délais de 6 semaines : un piège procédural méconnu

Le délai de six semaines prévu à l'article 24 se calcule à rebours à partir de la date d'audience, sans compter le jour de l'audience lui-même. Cloix et Mendès-Gil, dans leur analyse dédiée à ce calcul, précisent que cette méthode à rebours piège de nombreux bailleurs qui comptent les semaines dans le mauvais sens. Un mauvais calcul de délai suffit à faire tomber toute la procédure.

Les formules qui rendent le commandement nul sans que vous le sachiez

Le commandement de payer doit reproduire des mentions légales strictes, notamment l'information sur la possibilité de saisir la commission de conciliation et le rappel de l'obligation de souscrire une assurance. L'omission d'une seule mention suffit à annuler l'acte devant le juge, quel que soit le montant de la dette.

L'obligation de délai de grâce que beaucoup ignorent

Au-delà du délai de six semaines lié au commandement, un second délai de grâce judiciaire existe, distinct et cumulable. On ne le trouve dans aucun résumé grand public, pourtant il change tout pour un locataire de bonne foi.

Article 24 et surendettement du locataire : une limite juridique rarement invoquée

Quand l'impayé n'est pas un refus de payer

La loi distingue le locataire qui refuse de payer de celui qui traverse une difficulté financière ponctuelle liée à une perte d'emploi ou une maladie. Cette distinction, absente de la plupart des contenus généralistes sur l'article 24, pèse pourtant lourd dans la décision du juge.

Le droit du locataire à demander un délai en cas de difficultés financières

Le locataire en situation de surendettement peut saisir la commission de surendettement, ce qui suspend automatiquement les procédures d'exécution en cours, y compris celles fondées sur l'article 24. Peu de bailleurs anticipent cette possibilité avant d'engager les frais d'un commissaire de justice.

Comment cette exception paralyse la clause résolutoire

Une fois le dossier de surendettement recevable, la clause résolutoire perd toute portée immédiate. Le bailleur doit alors attendre l'issue de la procédure de surendettement avant de reprendre son action, parfois plusieurs mois plus tard.

Les nouvelles règles depuis 2023 que les propriétaires ratent

L'article 24-1 sur la résolution par consentement mutuel

L'article 24-1 de la loi organise le cas où locataire et bailleur ont un litige locatif portant sur des logements ayant une origine commune. Depuis les évolutions apportées par la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, dite loi anti-squat, plusieurs dispositions connexes à l'article 24 ont été précisées, notamment sur l'articulation avec la procédure pénale d'occupation illicite. Le Journal de l'Agence souligne que la portée de cette réforme reste limitée sur le fond des rapports locatifs classiques.

La procédure PARDI lancée en 2026 : accélération ou illusion

Le décret Magicobus III du 27 juillet crée la procédure d'admission rapide des demandes incontestées, appelée PARDI, dans l'objectif d'accélérer le traitement des dossiers d'impayés non contestés par le locataire. Cette procédure vise directement les dossiers fondés sur l'article 24 où le locataire ne se présente pas à l'audience. Nous restons prudents sur l'effet réel de cette accélération, tant la question du respect du contradictoire reste posée par la doctrine.

Superbe photo aérienne en plongée montrant l'agencement complexe des rues et l'architecture d'une ville européenne.
Photo : Mikhail Nilov / Pexels

Ce qui a vraiment changé pour les bailleurs

Le décret n° 2026-739 du 4 août 2026 précise également que le préfet peut exiger un diagnostic social et financier avant d'accorder le concours de la force publique pour une expulsion fondée sur l'article 24. Cette exigence rallonge encore le délai entre la décision du juge et l'expulsion effective.

Erreurs fatales que commettent les bailleurs avec l'article 24

Ne pas distinguer clause résolutoire et expulsion effective

La clause résolutoire de l'article 24 met fin au bail, elle n'autorise jamais l'expulsion immédiate du locataire. Entre la décision du juge et le départ effectif, un commandement de quitter les lieux, un délai légal, puis une éventuelle demande de concours de la force publique s'imposent encore.

Oublier que le commandement doit être fait par commissaire de justice

Un commandement de payer signifié par lettre recommandée simple n'a aucune valeur juridique au regard de l'article 24. Seul un acte de commissaire de justice, ancien huissier, produit les effets prévus par la loi.

Ignorer que la clause disparaît avec la transaction ou le sursis

Un paiement intégral de la dette avant l'audience, ou l'obtention d'un plan d'apurement homologué par le juge, éteint purement et simplement les effets de la clause résolutoire. Beaucoup de bailleurs poursuivent une procédure devenue sans objet, faute d'avoir vérifié ce point.

Article 24 de la loi du 6 juillet 1989 : ce qu'il faut retenir pour avancer

L'article 24 de la loi du 6 juillet 1989 reste un outil puissant pour un bailleur confronté à des loyers impayés, mais son efficacité dépend entièrement de la rigueur procédurale et de la capacité à anticiper les délais judiciaires de grâce. Ni gadget administratif ni garantie automatique, ce texte demande qu'on le manie avec méthode plutôt qu'avec impatience.

FAQ : vos questions sur l'application réelle de l'article 24

Que prévoit l'article 24 II de la loi du 6 juillet 1989 ?

L'article 24 II fixe les modalités de mise en œuvre de la clause résolutoire, notamment l'obligation de signaler le commandement de payer à la CCAPEX lorsque le locataire bénéficie d'aides au logement, avant toute assignation devant le juge.

Quelle est la nouvelle loi sur les loyers impayés depuis 2023

Depuis la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023, le cadre général de l'article 24 reste inchangé sur le fond, mais des textes annexes, dont le décret Magicobus III et la procédure PARDI, modifient le traitement procédural des dossiers non contestés.

Pourquoi le juge refuse souvent de prononcer la résiliation malgré la clause résolutoire

Le juge dispose d'un pouvoir d'appréciation lui permettant d'accorder des délais de paiement au locataire de bonne foi, ce qui suspend les effets de la clause sans l'annuler définitivement.

Comment fonctionne le délai de 6 semaines après commandement

Ce délai court à compter de la signification du commandement par commissaire de justice et se calcule à rebours à partir de la date d'audience fixée par le tribunal.

La clause résolutoire s'applique-t-elle automatiquement ou faut-il passer par le juge

La clause ne produit ses effets qu'après constatation par le juge, qui vérifie la régularité du commandement et peut accorder un délai de grâce avant toute décision définitive.

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